La lettre ouverte de la FSU

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Madame, Monsieur,

La FSU, Fédération Syndicale Unitaire, est inquiète de la situation sociale dans notre région. Elle paie durement la crise économique, sociale, écologique actuelle. Le chômage augmente, les fermetures d’entreprises et les restructurations deviennent notre lot quotidien. En particulier dans les filières automobile et agroalimentaire. Il faudrait changer de cap, faire pression sur les chefs d’entreprise pour qu’ils mettent au premier plan de leurs préoccupations l’emploi, faute de quoi les collectivités territoriales ne peuvent financer les projets. Dans le même mouvement, nous pensons nécessaire de développer les plans d’aménagement du territoire en valorisant nos atouts. Dans l’agroalimentaire, il est possible de subventionner les cultures bio et non polluantes par exemple, plus généralement il est possible d’organiser un tissu industriel de PME ou même de TPE pour répondre à des besoins collectifs.
Pour notre part, plus que des pôles de compétitivité dépendants des crédits d’Etat et donnant tout pouvoir à l’Etat central déconcentré – aux Préfets -, des pôles de développement et d’emploi sembleraient plus appropriés. Tel pourrait être la filière du nucléaire. Non pas en multipliant les chantiers mais en diversifiant les domaines, notamment autour de la gestion des déchets, des applications médicales, de la formation… Il est, bien sur, d’autres domaines mais celui-là nous semble emblématique. 
Nous avons fait plusieurs fois la proposition d’un pôle régional de financement qui aurait vocation à regrouper tous les financements passant par la région pour réaliser un effet de synergie entre tous les organismes ayant vocation à intervenir dans l’économie. Il pourrait financer l’aménagement du territoire en lien avec les banques et OSEO. 
Dans le monde d’aujourd’hui marqué par la place des marchés financiers et par la spéculation tout azimut sans contrôle et sans règle, il faut forcer les banques à refaire leur métier ennuyeux d’origine, prêter de l’argent aux ménages et aux entreprises. La région pourrait, en lien avec les services du Préfet, cautionner des prêts orientés vers le développement de l’économie et de l’emploi. C’est le premier critère, la première condition : la création de CDI. Les autres conditions aux prêts sont liés à la reconnaissance des institutions représentatives du personnel et à la démocratie interne aux entreprises pour limiter le pouvoir des patrons en revoyant l’organisation du travail pour combattre l’intensification du travail. Et pour libérer du temps permettant aux salariés de se former. La Région pourrait subventionner les formations qualifiantes et celles qui répondent aux priorités de l’heure, l’orientation de la politique économique et industrielle dégagée par le débat démocratique ainsi que la lutte contre les déséquilibres écologiques. Pour nous, ce pôle financier devrait se comporter comme un service public et non pas comme une entreprise privée et à vocation à devenir interrégional pour offrir une alternative aux politiques de casse du service public mise en œuvre par le gouvernement actuel. Il pourrait, dans le même temps, favoriser la croissance au lieu de déstructurer les solidarités collectives charriant un avenir sombre, une nouvelle récession.
En ce qui concerne l’éducation et la formation – une grande partie des dépenses de la Région avec le transport – nous nous opposons à ce « toujours plus » pour l’apprentissage qui remet en cause la formation initiale. Nous ne sommes pas contre toute formation par l’apprentissage mais le cours pris par la Région ces dernières années, et ce quelle que soit la couleur politique de la majorité, pose une question de fond. Le tout apprentissage ne peut régler les questions de qualifications, de diplôme et d’emploi. L’apprentissage permet de fournir une main d’œuvre bon marché au patronat sans assurer, dans la plupart des métiers, la pérennité de l’emploi. Le recul de la formation initiale en est le pendant. La réponse de la région aux contre réformes présidentielles portant sur le bac pro – le passage de 4 ans à 3 ans avec la suppression du BEP comme diplôme intermédiaire – est passée par, de nouveau, l’apprentissage où le BEP reste un diplôme délivré. Pour nous, il fallait engager la lutte contre ces contre réformes. Cette fausse réponse se fait au détriment de la réussite de tous les jeunes contrairement aux affirmations répétées de tous les candidat(e)s. 
Nous défendons un service public national de l’éducation et de la formation pour assurer le principe d’égalité sur tout le territoire. Commencer à combattre les inégalités sociales est à ce prix. Sinon, se rajoutent à ces inégalités, des inégalités entre territoires. Chacun aura sa formation adaptée soi disant aux besoins à court terme du patronat, du marché du travail. Ce n’est pas la solution. Cette « régionalisation » est un facteur d’éclatement social renforçant la crise sociale que nous connaissons déjà.
Pour cette même raison, nous nous sommes opposés à la création d’un « service public régional de la formation continue » pour plusieurs raisons. La première rejoint celle exposée précédemment. Ce serait alimenter les inégalités faute de péréquation nationale d’un côté, de l’autre promouvoir une formation continue uniquement en lien avec les besoins du marché du travail régional. La mobilité, dont on parle tant, sera très fortement limitée. Ce « service public » ne pourrait pas l’être. Il ne sera pas capable de respecter le principe de l’égalité. Il renforcerait la sélection et les inégalités.
Nous savons que ces élections pourraient être les dernières. La réforme territoriale qui devrait se mettre en place en 2014 devrait rebattre toutes les cartes. Nous pensons nécessaire de mettre en place des espaces de démocratie, de liberté. Il faut lutter contre cette réforme que nous pensons néfaste pour les droits des salariés, des citoyen(ne)s. La suppression de la taxe professionnelle augure mal de cette remise en cause des possibilités de mise en œuvre d’une politique différente de celle décidée par le gouvernement. Faire l’impasse sur cette transformation est une erreur. Dans le même mouvement, il est nécessaire de tirer un véritable bilan de cette décentralisation qui s’est accompagnée d’une déconcentration distillant la politique de baisse des dépenses publiques. 
Le constat est partagé : les services publics sont dégradés dans notre région comme dans les autres du fait des politiques de baisse des dépenses publiques. La réforme territoriale, si elle se met en place, aura comme conséquence de les éclater davantage. Dans le cadre de la prochaine mandature, nous demandons la création d’un observatoire régional des services publics qui associe tous les partenaires sociaux.

 La FSU

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